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Interview : Jimmy Edgar

Jimmy Edgar est plutôt du genre perché. Originaire de Détroit, et sans doute un peu aussi de l’espace, le dandy américain nous offre une petite interview réalisée à l’occasion de sa venue à Paris, en avril dernier pour la Sonotown The Big Fish.
Mieux vaut tard que jamais.
Stellaire et complètement en phase avec son dernier album, XXX, furieux Futur Funk dont seul lui à le secret.



Crédit : NoorOne

Bonjour Jimmy. Peux te présenter à nos lecteurs, expliquer qui tu es, d’où tu viens et quel est ton parcours musical ?
Bonjour Sonotown ! Je suis Jimmy Edgar, de Detroit, la planète la plus proche de Saturne. J’ai toujours joué de tous les styles de musique, car j’écoute de tout pourvu que cela me plaise. J’ai souvent utilisé des hologrammes lors de lives passés, c’était plus facile [!!!].

Tu viens de Détroit, mais tu habites dorénavant à Berlin après avoir vécu un petit moment à New York. Trois villes, trois espaces : une préférence ?
Je préfère New York parce que la ville est dingue et que tu peux y rester anonyme. À Détroit, la plupart des gens me connaissent et je suis encore reconnu à Berlin. Ce n’est pas que je n’aime pas ça, au contraire, mais cela peut s’avérer fatiguant à la longue. J’aime l’imprévu, les nouvelles choses et les rencontres. New York est parfaite pour ça, en raison de son mélange culturel. La culture berlinoise est très centrée sur la musique, même Detroit me semble plus universelle. J’aurais toujours une affection particulière pour Detroit, Saturne me manque même si parfois cette ville peut paraitre dure et sombre. Elle l’est d’ailleurs, mais représente dans le même temps une source d’énergie inépuisable… le combat des hommes, leur envie d’aller de l’avant malgré les difficultés.

Est-il difficile de venir de Détroit, le poids de la ville, son héritage musical à travers ses grandes figures : Juan Atkins, Derrick May, pour ne citer que les plus célèbres ?
Non, ce n’est pas particulièrement difficile. Ce sont des amis et il existe un respect mutuel. Chacun est libre de ce qu’il fait, même s’il existe une filiation. Ce sont mes pères, je suis leur fils et ça ne représente aucunement un handicap, ni même un frein à ma créativité.

Y a-t-il une scène dont tu te sens particulièrement proche ?
Non aucune en particulier… peut être le R&B, mais je ne discrimine pas. Je suis mon propre genre, je pense que c’est cela l’important. Dans XXX, tu peux entendre une chanteuse qui s’appelle Azealia Banks… j’aime cette musique.

Tu as longtemps évolué sur le label Warp avant de rejoindre l’écurie K7! récemment. Pourquoi un tel changement ?
Avant tout pour des raisons personnelles. Je n’aime pas travailler avec des labels, je devrais monter le mien pour faire exactement ce que je veux. Tu perds tellement artistiquement en faisant des sacrifices…

Que connais-tu de la musique française, en particulier de la scène électronique française ?
J’ai beaucoup de respect pour la house française. Ed banger et Oizo aussi, c’est bien. J’apprécie toujours la nouveauté. J’ai fait un remix pour Fulgeance, j’ai vécu quelques semaines à Paris, j’ai eu une copine française… J’aime Paris. Reste que les Parisiens sont des putains de mal polis, surtout si t’es Américain. Mais c’est marrant comme les gens me prenaient pour un Français, même si je parle mal la langue. J’aimerais vraiment apprendre d’ailleurs.

J’ai lu que tu souhaitais t’installer en France pour ton travail de photographe ?
J’adorerais. La mode parisienne est une sorte d’inspiration à la David Lynch : toujours centrée sur l’artificiel. C’est ironique, mais j’aime toujours la beauté, photographier des gens bizarres qui dégagent une certaine énergie.

Existe-t-il un rapport direct entre la musique que tu produis et ta passion pour la photographie ?
Je ne vois pas de frontière entre les arts. Tu fais de l’art ou tu fais autre chose. La photo peut être musicale et la musique peut être visuelle. Pas besoin de séparer les deux. L’art n’est pas une réponse, c’est une question. Le rapprochement des médiums est en effet quelque chose d’intéressant, de fondamental même.



Ton album, XXX, n’a pas connu un accueil homogène. Certains y voient la continuation logique de Bounce, Make, Model, d’autres une petite révolution musicale, différente de tes précédents albums. Quelle est ton opinion à ce sujet ?
J’espère qu’il est différent. Je ne sais pas trop si c’est le cas. C’est forcément une continuation puisque c’est un album, et qu’il suit mes autres travaux. Mais il est peut-être trop proche d’eux… en tout cas je détesterais que ça soit ce qu’on en pense. Non, mon nouvel objectif est de surprendre les gens, toujours plus. XXX était une surprise pour certaines personnes, mais peut-être pas assez. Je veux être un caméléon. Toutes les chansons qui se trouvent sur XXX forment juste un ensemble qui me semble homogène et surprenant, même si certaines tracks ont plus de 5 ans.

Il y a bon nombre d’éléments à connotations sexuelles dans XXX. Cet album transpire une sorte d’érotisme hybride. Tu es obsessionnel ?
Ça vient de la frustration, qu’on ressent tous. C’est que j’ai du mal à entrer en contact avec les gens. J’ai été célibataire durant toute la période où j’ai produit l’album… ça se sent dans ce que je fais, ma musique. Je pense que la frustration est une puissante énergie, je voulais voir ce que ça faisait. Une sorte d’expérience… proche de la tension qui précède l’acte.

Que penses-tu de la soirée de ce soir, du Big Fish de Sonotown, du fait de faire la fête dans un espace alternatif comme cet immeuble, et non pas dans un club ?
Oui, j’adore ça. Comme je te l’ai dit, je suis toujours dans la nouveauté. Et il y a ce soir quelque chose de nouveau ! Et puis je suis heureux de pouvoir jouer ici avec Rustie, et Travis (Machinedrum).

En parlant de Machinedrum. Une collaboration à venir ?
Peut-être !!! Machinedrum est avant tout un de mes musiciens préférés. Il existe une inspiration mutuelle. Alors oui, peut-être bien.

Que pense tu de la coupe de cheveux de Claudia ?
Joli petit taureau nan ?

Quel est ta playlist en ce moment, de quoi te nourris-tu ?
Beaucoup de House des années 90. Chaque fois que je joue 4U des 4th Measure Men, on me demande ce que c’est.

Des projets précis pour 2012 ?
Un nouvel album, et je travaille sur un film qui parle de l’hypnose, de la préservation de l’ego… et pas trop d’interviews !

Merci Mr Edgar et à très vite !
Thannx, all my love to u !

par Sntwn

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