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U&I

Leila Arab

Label : Warp (Warp220)
Date de sortie : 16 Janvier 2012

Nous l’avions perdue de vue. Discrète, invisible, presque oubliée et ce depuis un petit moment, précisément depuis 2008 et la sortie de l’excellent “Blood, Looms & Blooms” sur Warp, magnifique conte pour enfant neurasthénique. Cette première sortie chez le cultissime label de Sheffield faisait suite à deux premiers LP chez XL Recordings et Rephlex et à une multitude de EP…




Proche d’Aphex Twin, collaboratrice de Plaid et de Bjork, dont elle fut la claviériste attitrée, Leila Arab est une forme d’énigme dans le paysage musical anglais. Inclassable, entre “Trip Hop”, electronica sombre et expérimentation : musique dépressive, angoissante, faite de lumières éparses et de zones d’ombre, entre angoisse et naïveté, sophistication et mélodie transperçante.
Sensiblement différent des précédentes productions de l’Iranienne, toujours parfaitement cohérent, U&I se démarque d’entrée par la présence nouvelle de Matthew Sims, membre du groupe Mount Sims et par la même de vocals récurrents. Artiste protéiforme, l’américain, dont la créativité lorgne avec brio vers les contrées post-punk, new wave, funk, techno ou encore dark wave semble clairement peser sur l’ensemble de l’opus.






Sans doute un peu moins “orfèvre”, U&I se veut plus incisif, plus direct, et rappellerait presque par moment certaines productions de Clark, Mondkopf (Boudica) ou encore de Eskmo (les chants aidant).
Si par bien des aspects la continuité avec les albums précédents ne fait aucun doute, nous n’avions jamais entendu Leila aussi agressive : rythmes coldwaves, arpèges de synthétiseurs abrasifs, basses rondes et puissantes pour ce qui pourrait par moment s’apparenter à une forme dégénérescente de techno wave bardée de music noise, véritable écorchure numérique.
Sans être totalement inhospitalié, le monde de Leila n’offre pas le moindre souffle, gerçures aux lèvres, température éventrée et maintient cette forme lyrique perturbante, si symptomatique de sa musique. Plus rugueux qu’à l’accoutumé, à l’accent dancefloor, sans la moindre concession, Leila nous rappelle, à l’instar de Clark, que Warp reste la maison mère de l’electronica déviante et du Braindance haut de gamme.
A l’heure où la musique se tourne sans concession vers une esthétique sombre (De Tri-Angle à Andy Stott en passant par la multitude de sorties techno), Leila fait figure de véritable référence, loin des productions estampillées “computer”, y ajoutant un souffle qui ne peut tenir que d’un supplément d’âme, torturée, et relevée par un véritable amour de l’instrument.
Un cri, celui d’une carte mère en prise avec elle-même, hurlante.

par Julien B.

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