UNE IDEE DE L'UTOPIE URBAINE

GATED COMMUNITIES

Des barbelés surplombant des murs infranchissables, un système électronique perfectionné empêchant toute intrusion mal-venue, une réplique d’un camp de concentration ? Guantanamo revisitée ? Bienvenue dans une Gated Communauty .

Quartiers résidentiels fermés aux Etats-Unis, ces enclaves sont nées de la volonté de contrôle sur l’espace urbain mais aussi et surtout de la peur de l’autre, de cette envie effrayante de ne vivre qu’avec ses « semblables ». Ce phénomène de repli, dont le pays de l’Oncle Sam n’a évidemment pas le monopole puisque il existe dans une moindre mesure dans d’autres pays occidentalisés comme la France, trouve ses racines dans une vision dangereuse de la société qui n’est évidemment pas sans rappeler certaines théories racistes persistantes.

Les WASP (White Anglo-Saxon Protestant) sont les résidents de ces banlieues surprotégées. Le but : ne fréquenter que des WASP et par là perpétuer une lignée, sans métissage aucun et accrochée à l’idée qu’elle se fait du bonheur. Ce bonheur sous-entend une tranquillité, sans meurtres, sans drogues ou jeunes filles enceintes. Mais surtout sans étrangers.

Le fantasme d’un monde parfait est né, un lieu où seul le soleil et ses gesticulations ne peuvent être contrôlés.

De fait, les Gated Communauties ont finalement toujours existées, dès le milieu du XIXème siècle on voit se bâtir les premières clôtures encadrant des quartiers luxueux et résidentiels de New York. Mais ce sont les années 60 qui verront véritablement cette désintégration de l’espace urbain s’étendre pour exploser dans les années 80-90 autour des villes de la Sun Belt, là où la clientèle riche végète (Miami, Orlando, Dallas… et bien sûr Los Angeles). Vous pouvez lire l'article de Renaud Le Goix à ce sujet. Les habitants de ces ghettos dorés sont donc principalement issus des classes bourgeoises de la société, mais pas que, puisque les classes moyennes tendent de plus en plus à rejoindre ces quartiers privatisés.

Il en existe plusieurs sortes aujourd’hui, certaines ne sont accessibles par exemple qu’au plus de 55 ans et ressemblent à une maison de retraite géante avec même parfois son système d’assistanat aux soins, ses magasins, etc... D’autres accueillent des familles bourgeoises conformes au critère WASP. Avant les années 60 et les lois anti-ségrégations, certaines Gated Communauties pouvaient exclure les « non-caucasiens », comprendre les non blancs et européens. Aujourd’hui, officiellement, les Gated Communauties n’ont pas le droit légal de refuser des « non WASP ». Mais point besoin de lois. Les prix élevés de l’immobilier dans ces enclaves ne sont pas accessibles aux populations immigrées qu’ils rejettent, celles-ci étant en général plus défavorisées.

Par le biais de ces enclos, les Etats-Unis trimballent derrière eux cette image de colons fraichement débarqués. Le fantasme de Charles Ingalls construisant sa maison de bois de ses mains n’aurait-il jamais vraiment quitté l’inconscient Outre-Atlantique ? Il semble subsister et muter à travers les époques.

Si auparavant la peur des Indiens motivait un repliement communautaire des Blancs, les Latinos et Noirs ont pris la place peu enviable des « ennemis » à éloigner. Le « péril de l’immigré » est une des motivations les plus vivaces dans l’établissement de ces villes dans la ville. La peur du mélange, de la perte de repères dans la rencontre de l’autre, différent, dérangeant, voire menaçant, alimente l’édification en masse de ces camps retranchés.

Si le terme « communauty » recouvre plusieurs significations identitaires elle recouvre également une signification politique. Il existe un consensus entre membres à part entière du groupe pour garantir une sécurité, un confort individuel. Le « tous ensemble » est donc garant d’une tranquillité individuelle éthérée où parcs, piscines, plages ne risquent pas de souffrir de la menace du dehors. Les milices privées opérant à l’intérieur de la clôture servent à s’assurer de la bonne jouissance de ces privilèges chèrement acquis. C’est à pleurer.

La multiplication de ces espaces a de quoi faire peur. Elle illustre un égarement simple et bien connu qu’est le repli identitaire. Au-delà de ce recul dans l’espace urbain, c’est l’humanité dans son essence qui se trouve insultée. Ne parler qu’à soi-même et s’en accommoder, modeler son quotidien de repères illusoires puisque inexistants, les Gated Communauties encadrent une idéologie dangereuse qui n’a parfois pas eu besoin de barrières, barbelés ou non, pour s’accomplir de manière dramatique certes, mais qui trouve par là le moyen de perdurer.


Par Myriam Zehar

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