LE MONDE VISIBLE

2 types d'installations proposés, Vidéo : 8 heures de fondus enchaînés de 2 800 images et Table : 3 000 images réparties sur 27m de tables lumineuses.

Le Monde Visible , tel qu'il se donne à voir et non à vivre, tel qu'il se revêt, se relaie. Le monde tel qu'il s'expose, tel qu'on nous le propose. Fischli et Weiss s'intéressent « à la couche supérieure de la réalité en cela qu'elle ne nous présente que le visible, la surface » . Durant plusieurs années et lors de nombreux déplacements à travers le monde, le couple emmagasine un stock incommensurable de clichés « touristiques ».

« Il y avait une intention nette de trouver des images qui existaient déjà telles quelles, largement diffusées et déjà populaires » commentent F/W. L'installation, 27 mètres de tables lumineuses sur lesquelles sont disposées les 3 000 images, offre un panorama colossal d'images du monde entier, étalage composé d'un ailleurs, officiel et convenu. Cette oeuvre met à nu, à travers l' exercice obsessionnel d'un type de regard, tout un protocole de fabrication des réflexes communs. Réflexes qui se façonnent au point d'en venir à fabriquer systématiquement les mêmes images face à ce qui est communément admis comme « pittoresque ».

Par associations, assemblages signalétiques, ils mettent en évidence la manière dont le monde se synthétise sous notre regard poli. On pourrait parler d'images conformes. Le touriste photographe opère une synthèse mentale et « regroupe, coordonne les phénomènes nouveaux, en une opération distincte de l'association d'idées, s'appuyant sur des systèmes construits et exploités antérieurement » . À cet effet, Peter Osborne écrit : « la photo touristique est davantage un procédé de confirmation que de découverte » . Si le touriste s'enorgueillit d'avoir pris une « bonne » photo, F/W rendent obsolète cette notion de qualité, obtenant ces clichés « parfaits » autant de fois qu'ils le souhaitent.

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Peter Fischli & David Weiss - Le Monde Visible

La nature des photos, séduisantes et volontairement clinquantes (traits caractéristiques des encarts publicitaires, des agences de tourisme), découvre cette ambivalence qui nous laisse fascinés devant tant de beautés et de spectacles convenus. On se surprend, scrutant les premières photographies, à rêvasser niaisement devant ces territoires exotiques. Mais au tiers du chemin parcouru (il reste 15 mètres soit environ 1 000 images sur lesquelles se pencher !), on passe nonchalant et fatigué sur les plus époustouflantes « merveilles du monde ». L'installation sature le regard jusqu'à l'indigestion. L'oeuvre travaille à cet épuisement qui finit par rendre tout homologue de tout. L'oeil finit par imprimer des lignes, des formes, des couleurs, servant de repères, répétés, calqués à l'infini sur des millions de temps, d'espaces, et d'instants singuliers. Une possibilité parmi tant d'autres, cette fraction de seconde qu'est le temps de la photographie. La production d'un seul et même type prédéterminé rend l'infinité de ces contextes, de ces états, semblables les uns aux autres.

Le fait d'« offrir un tout », utopie on ne peut plus moderne, répond à ce besoin de maîtrise absolue. Elle trouve son expression dans l'infinie répétition d'un objet, d'un format, d'images, de référents. De l'expérience réelle, d'une infinité, naît une forme de synthèse, sorte d'empaquetage rafistolé, un tout unique et organisé.

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Peter Fischli & David Weiss - Le Monde Visible


Par Manon Vila

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